Les Émirats arabes unis au cœur de la guerre au Soudan ?

Depuis avril 2023, le Soudan est plongé dans une guerre dévastatrice opposant deux généraux rivaux et leurs armées. Le 30 octobre dernier, l’ONU a exprimé sa profonde inquiétude face à « l’escalade » du conflit, affirmant détenir des informations crédibles d’exécutions de masse. Le mois d’octobre a d’ailleurs été le plus sanglant depuis le début de la guerre. Désormais, les regards se tournent vers un acteur extérieur : les Émirats arabes unis (EAU). Leur rôle dans ce conflit, de plus en plus évoqué, soulève de nombreuses questions. Quelle est la nature de cette implication et quel lien unit réellement Abou Dhabi et le Soudan ?

Remise en contexte  Depuis son indépendance en 1956, le Soudan connaît une période d’instabilité continue. Le pays a subi vingt coups d’État, soit environ un tous les trois ans, et une série de guerres civiles. Ces conflits ont été alimentés par des tensions ethniques et religieuses : le nord, à majorité arabe et musulmane, a longtemps dominé le pouvoir politique, tandis que le sud, peuplé principalement de populations noires et chrétiennes, réclamait plus d’autonomie et de reconnaissance. À cela se sont ajoutées les rivalités pour le contrôle des ressources naturelles (pétrole, or et terres fertiles). Depuis son indépendance, l’armée soudanaise est restée la principale force politique du pays, dirigeant presque sans interruption et intervenant systématiquement lors des crises. En 2019, après trente années de dictature sous Omar el-Béchir, un mouvement populaire massif conduit à sa chute. Ce renversement est d’abord salué comme une victoire du peuple, mais le pouvoir reste rapidement entre les mains de l’armée. Deux figures émergent alors : -       Le général Abdel Fattah al-Burhane, chef de l’armée régulière (SAF) ;  -       Le général Mohamed Hamdan Daglo, dit Hemedti , chef des Forces de soutien rapide (FSR), une puissante milice issue des milices janjawids du Darfour. À l’origine, ces deux hommes étaient alliés. Ensemble, ils ont contribué à renverser el-Béchir et à maintenir le pays sous contrôle militaire, tout en prometta une transition vers un pouvoir civil. Mais leurs ambitions personnelles et leurs différences d’intérêts ont rapidement provoqué des tensions. Al-Burhane, issu de l’armée traditionnelle, souhaitait garder le modèle d’un État fortement centralisé et dominé par l’institution militaire. Hemedti, de son côté, voulait élargir son influence politique et économique, fort des ressources financières considérables de ses milices, notamment grâce au commerce de l’or et à ses alliances

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